La revalorisation en trompe l’œil des enseignants

Après le ministre Blanquer et ses promesses pas tenues, le nouveau ministre arrive avec son projet de revalorisation des enseignants (qui lui appartient peu en vérité).

Le début de carrière serait amélioré nettement… sans que l’on avance réellement pour « les anciens » qui pourraient vite se trouver rejoints par les « jeunes » en matière de rémunération. Et ça crie. Justement. Mais peut-être pas assez !

« Ne dites pas combien je gagne aux collègues français ! »

Je me souviens avoir reçu il y a quelques années une enseignante de l’équivalent premier degré allemand. Elle venait exercer en France dans le cadre d’un échange. J’étais inspecteur et l’avais reçue à mon bureau : « Ne dites pas à mes collègues français combien je gagne !  » me demanda la dame qui craignait une forme de jalousie… On gagnait elle et moi à peu près la même chose, je crois elle un peu plus que moi… et encore un inspecteur en France est-il rémunéré pour une bonne part sous forme de primes n’entrant pas dans le calcul de la retraite.

Oui, tout le monde est d’accord, les profs en France sont fort mal payés ce qui a pour conséquence notamment de ne plus parvenir à attirer les candidats vers les concours…

La revalorisation prévue est injuste

Elle devrait toucher principalement ceux qui entrent dans le métier, c’est bien pour eux . Mais c’est donc injuste pour ceux qui ont déjà dix ans d’ancienneté et se trouveraient à même hauteur de rémunération

Des instituteurs aux professeurs des écoles

De catégorie B, les instituteurs mal payés avaient cependant droit au logement ou à une indemnité et prenaient leur retraite à 55 ans.

La création du corps des professeurs des écoles avec un concours externe et interne ont fait évoluer les choses : les professeurs des écoles sont passés en catégorie A, ont perdu le droit au logement et la retraite à 55 ans mais ont gagné une rémunération plus attractive.

Le concours interne surtout – bien qu’on puisse le critiquer – permettait assez facilement d’accéder au nouveau corps et d’obtenir ensuite une reconstitution de carrière. Ce que ne permettait pas l’accès par la seule liste d’aptitude (ce qui fit crier mais…).

Certes, il fallait calculer le « bon moment » pour conserver certains acquis du premier corps notamment en vue de la retraite, on pouvait s’agacer de devoir repasser le concours pour un métier que l’on exerçait déjà … mais au moins la reconstitution de carrière offrait-elle la possibilité de ne pas se sentir (trop) lésé (même si certains ont dû payer un loyer par exemple à la commune pour se loger).

Selon les amis de la majorité la revalorisation exceptionnelle devrait être reconnue comme telle et tout le monde devrait être content

On passera sur un budget qui occulte l’inflation, sur le statut de nombre de contractuels…

Le constat est amer : après le ministère Blanquer qui a effectué un véritable travail de sape et institué la défiance, il faudrait oser remettre les choses à plat et ouvrir de véritables négociations.

Les débats promis par l’actuel ministre vont-ils une nouvelle fois reprendre les mêmes éléments déjà connus ? On se demande s’ils ne serviront pas seulement de paravent à des choix déjà actés.

S’il n’y a pas de réveil sérieux au delà de cette mise en scène, les risques seront énormes pour l’école publique.

Les enseignants n’ont pas mesuré le pouvoir qu’ils ont de secouer le cocotier

Si les syndicats se sont affaiblis et en portent pour part la responsabilité, la culture professionnelle des enseignants est aujourd’hui plus individualiste que corporatiste. On peut à certains égards le regretter. Les enseignants n’ont pas mesuré malgré toutes les difficultés qu’une crise engendrerait, le pouvoir dont ils disposeraient si demain matin, tous, de façon unitaire, ferme et claire, ils décidaient de bloquer les choses et d’imposer une autre approche.

La population et les médias ne leur sont pas favorables ?

Il faudrait montrer plus directement encore la réalité de la vie des écoles et des établissements. Sans s’en prendre aux élèves ou à leurs familles, mais au contraire en s’alliant avec les parents.

Et en montrant les budgets, les moyens, le matériel , le concret du travail… Car pour l’heure je n’ai pas vu beaucoup de reportages sur la véritable vie et le travail des enseignants... Peut-être alors certaines consciences s’éveilleraient-elles ?

Je sais me diront les pessimistes, on pourrait dire la même chose avec le service public en général, la santé, la justice, la police, les transports… il y aurait de quoi désespérer… mais… c’est peut-être aussi le moment opportun.

La revalorisation en trompe l’œil des enseignants

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