Tu n’as pas l’obligation d’avoir un avis sur tout !

L’injonction fatale

C’est au détour d’une conversation entre amis ou bien sur un plateau de télévision, un réseau social : un sujet d’actualité de préférence un peu brûlant arrive sur le tapis. Il faut s’exprimer, donner son avis, prendre position…

Dans notre société de communication, les sujets s’enchaînent vite. Souvent, une déclaration polémique fait le buzz. Il convient de donner notre avis et vite … et pourtant nous ferions mieux de ne pas imiter les médias et d’apprendre à retenir notre langue…

L’infernale spirale du clivage et des visions binaires…

Oui ou non ? Neutre ?

Dans un monde d’affrontements, il faut choisir son camp. Et celui qui ne le fait pas rapidement pourrait assez vite être taxé de complice ou de complaisant vis à vis du « méchant supposé ».

La voix de son maître

La question des arguments rationnels reste en retrait. On ne va souvent pas se positionner par rapport aux faits mais par rapport à qui s’est exprimé. Les adversaires trop souvent mus en ennemis ne sont pas regardés pour le fond des arguments. Les attaques vite personnelles iront jusqu’à prendre appui sur d’autres sujets ou d’anciennes déclarations pour dénigrer ou disqualifier… Résultat des courses, ça crie dans la cour, mais pour quelle utilité ?

Polémiquer pour cliver et s’éviter de penser

Surtout, la polémique avec ses joutes oratoires n’a aucune vocation à rechercher la vérité ou résoudre un problème. Elle ne fait que servir des camps, rallier les uns peut-être mais principalement conforter les autres …

Toute nuance est exclue. Toute prise de recul est bannie…

Le piège de la complexité

D’aucuns vous répondront « c’est complexe ». Vrai. Mais ce peut être seulement l’art de botter en touche ou plus précisément de se dédouaner à bon compte.

Il ne s’agit pas non plus de « tout mettre dans le même sac » ou de laisser croire que la complexité d’une situation légitimerait … de ne rien changer ou de laisser faire.

Oser dire : « je ne sais pas »


Comme je serais heureux de voir un politique face au journaliste répondre sur un sujet qu’il ne sait pas ou ne sait pas tout... ou qu’il s’en remet aux spécialistes…

Il pourrait à tout le moins prendre le risque d’étayer sa réflexion sur ce qu’il penserait comprendre comme individu, citoyen ou responsable…

Introduire la « notion de point de vue », c’est à dire se situer un moment du côté des uns ou des autres pour dégager une position provisoire…

Oser avouer qu’on ne maîtrise pas tout, qu’on ne sait pas assez, qu’on va chercher, se renseigner…

Ce serait là une jolie forme de courage et d’honnêteté…

De même pouvoir le cas échéant dire : « j’ai un point de vue personnel, mais je le garde pour l’instant pour moi, pensant qu’il n’apporterait rien au débat ».

Ralentir pour mieux comprendre

La question n’est pas de « créer une commission » quand un sujet fait souci pour mieux l’enterrer. Mais retrouver le temps de la vérification de l’information… Concevoir la nuance, situer les choses d’un point de vue historique ou scientifique ou systémique, accepter qu’un adversaire puisse… avoir raison !

Toute cette éthique doit nous guider et suppose exigence et exemplarité…

Savoir lâcher prise et accepter de ne pas tout savoir

Que notre curiosité nous anime toujours dans une démarche compréhensive, avec le souci d’apprendre et de nous former… C’est pertinent, salvateur et gratifiant…

Mais ne faisons pas surchauffer notre esprit avec de fausses urgences. Acceptons sur certains sujets de ne pas savoir, de ne plus savoir ou pas assez.

Nous ne devons pas avoir le complexe de l’imposteur -certains spécialistes ou experts autoproclamés mériteraient d’être remis à leur place- mais nous devons accepter de remettre un point de vue, soulager notre esprit d’un problème que nous ne saurions résoudre seul -surtout si c’est un gros problème de société-…

Si rester dans sa petite zone de confort est peu enrichissant, il n’y a pas à se laisser embarquer et céder au climat d’insécurité dans lequel verse notre société. Je dois accepter de ne pas tout savoir sans pour autant encore une fois me refuser à chercher et comprendre… mais nul ne peut être expert sur tout sujet. Il y a aussi à retrouver la confiance dans la parole d’experts validés par leurs publications, leurs démarches…

En arrière plan se pose la question de la vulgarisation du savoir qui ne doit pas être retenue dans les mêmes mains et des moyens que l’on donne à la science, à l’investigation au sens large du terme (qu’elle soit scientifique ou journalistique). Le débat à visée philosophique dès l’école mais tout au long de la vie nous aiderait aussi à mieux penser et mieux structurer nos temps de réflexion et d’échanges… Un point de vue peut évoluer à partir de ce que je sais, de ce que j’apprends mais aussi au contact des autres… si j’accepte d’écouter avant de parler…

Tu n’as pas l’obligation d’avoir un avis sur tout !

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